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Programme d’activités en Afrique et Festival africain en Suisse, est-ce vraiment nécessaire? Diront ceux qui considèrent que les énergies investies depuis des années n’ont pas empêché jusqu’ici, la pauvreté de s’accroître, ni arrêté des tragédies innombrables que beaucoup d’observateurs voient comme un échec de l’humanité.

Cependant, en Europe d’une manière générale, et en Suisse en particulier. Nous devons avouer que la culture des pays du Sud est pratiquement inconnue. La connaissance que l’on en a, se borne à de vagues concepts, issus principalement des médias qui distillent une information en quelque sorte événementielle qui, il faut bien l’admettre, se résume souvent à souligner les difficultés politico-économiques et les contradictions violentes qui en procèdent.

Les efforts entrepris par des groupes d’intellectuels africains résidant en Occident se sont butés à un nombre considérable de difficultés d’ordre politique ou éthique, à des problèmes insolubles de financement et de crédibilité. Nombreux ont échoué à ce jour, et la riche communication dont ils étaient les vecteurs s’est perdue dans les méandres des contradictions internes, des conflits d’intention et d’intérêts, et dans ceux de la bureaucratie administrative des pays d’accueil. Impossible de faire passer un message dans ces conditions. Les maigres ressources financières et toute l’énergie, les compétences réelles et la bonne volonté de leurs promoteurs s’épuisent. La crédibilité est battue en brèche. Tel est mon premier constat.

Les danses africaines, que restera-t-il de cet art dans l’avenir? Les érudits, les inspirés, les maîtres de la conversation ou de la révolution culturelle n’appartiendront-ils qu’au passé et à d’autres traditions que les nôtres? «Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait.» N’est-ce pas là un constat d’immobilisme et de constant défaitisme ? Car la jeunesse d’aujourd’hui est la vieillesse de demain.Ma deuxième préoccupation va vers le sens des traditions: Nos langues et dialectes qui font partie de notre richesse culturelle, curieusement tombent en léthargie.

Une enquête menée dans les ménages, surtout urbains, montre avec quelle célérité nos langues se meurent. Pour preuve, les jeunes Africains nés à partir des années quatre-vingt, ne savent parler que l’Anglais ou le Français au détriment des leurs que, la plupart des parents ne transmettent plus et qui sont qualifiées d’obsolètes et de caduques. Une telle jeunesse, linguistiquement extravertie, peut elle pérenniser l’héritage légué par ses ancêtres?

Le poids du monde est déjà sur le dos de l’enfant qui ouvre les yeux et qui glapit comme s’il mesurait l’étendue de sa mission dans la réfection d’un monde chaque jour toujours à refaire. Et comme une idée généralement répandue dénie à la jeunesse d’aujourd’hui la même force créatrice qui anima les aînés ; et comme l’indolence, la grande consommation sans production majeure s’installe, il est judicieux de s’interroger non sans instinct alarmiste sur ce que sera culturellement l’Afrique de demain.

Il n’est pas un seul secteur du domaine de la vie dont on clame l’importance vitale, qui n’apparaisse aujourd’hui très problématique par manque d’actions susceptibles d’en assurer la promotion.

Nombreux sont ceux qui estiment qu’en réalité, loin d’être dans la créativité, la difficulté réside plutôt dans les structures qui devraient encourager cette promotion culturelle. Car, comment être créatif si les multiples manuscrits, les lots de bandes de musique, les collections de tableaux ou les nombreux scénarios de films n’ont aucune chance d’espérer une existence réelle auprès du grand public, parce que rien ne concourra à leur diffusion ?

D’aucuns estiment que le peu d’intérêt qu’on porte aux créations de notre jeunesse provient du fait que celles-ci manqueraient de consistance ou s’intégreraient à peine dans les réalités de notre terroir africain. Les Noirs ont souvent l’impression d’être des hybrides culturels. Ils ne feront rien sans tenir compte de l’influence de l’Occident sur leur existence et leur vision du monde.

Le second prétexte voudrait supprimer les lacunes enregistrées au niveau des structures, comme les éditions, les systèmes de pressage de disques, les musées, les bibliothèques publiques, les sociétés de productions cinématographiques, ainsi que d’autres qui ne remplissent pas les tâches qui leur incombent. Comment dès lors ne pas faire face à une jeunesse désemparée, découragée, qui versera plus facilement dans l’alcoolisme et les autres plaisirs mondains?

La jeunesse d’aujourd’hui n’existera donc culturellement, et ne transmettra ses valeurs à celle de demain, que si les responsables actuels ou les ONG, conscients du danger, pensent à résoudre avec la dernière énergie ces problèmes d’infrastructure et de promotion culturelle africaine.

Il est néanmoins impératif de responsabiliser la jeunesse qui se doit, pour ce qui est de notre agriculture, de notre histoire, de nos traditions, de notre philosophie, de notre littérature, de nos langues maternelles, de notre musique, de nos arts plastiques, de notre architecture, et de tout ce qui constitue notre expression spécifique, d’œuvrer à leur continuité par la créativité et par les efforts en vue de la préservation des héritages.Sait-on seulement combien de chefs-d’œuvre seraient nés s’il avait été institué des concours dans les divers domaines de la créativité ? Que devient depuis des années le programme d’aide aux artistes ? Et la semaine culturelle africaine, saura-t-elle tenir ses promesses par la régularité des sessions et un apport réel dans la promotion de la culture ?

C’est dans cette seule mesure que demain la culture africaine pourra encore brandir son étendard en envisageant de meilleures perspectives. Ce projet ambitieux s’inscrit parfaitement dans ce cadre. Les promoteurs expriment ainsi leur volonté et leur passion de continuer à jouer un rôle d’avant-garde dans l’activité susceptible d’influencer favorablement une meilleure reconnaissance des cultures africaines.

Versoix Lundi le 16 Janvier 2015
Jean Claude Nack
Directeur Général
nackjeanclaude@yahoo.fr